Le « présentéisme maladie », ça vous parle ? On le surnomme aussi l’art de ne pas respecter son arrêt maladie. Alors qu’on pointe souvent du doigt les abus des arrêts maladie, on voit émerger un phénomène totalement opposé. On vous dit tout de ce nouveau problème bien français. 

 

 

Le « Présentéisme maladie »

Le groupe de protection sociale Malakoff Médéric Humanis a récemment publié les résultats de son étude annuelle sur l’absentéisme au travail. On y apprend que 44% des salariés, soit près d’un sur deux, a été en arrêt maladie au moins une fois au cours des 12 derniers mois. En 2019, 28% de ces arrêts prescrits par des médecins n’ont pas été respectés, soit partiellement (11%), soit intégralement (17%). 

 

Cette tendance tend à se développer, en particulier chez les salariés du commerce où 26% des arrêts n’ont pas été pris et chez les managers avec 22% d’arrêts non respectés. Interrogés, les salariés justifient leur choix de différentes manières. Pour 40% d’entre eux, « il n’est pas dans leurs habitudes de se laisser aller ». Tandis que 37% insistent sur le fait que les journées non travaillées ne sont pas rémunérées ou prises en charge.

 

Et pour cause, d’après l’étude, seules 38% des entreprises prennent en charge les salaires pendant les 3 premiers jours d’un arrêt. On peut tout de même souligner que 47% de ces salariés disent regretter de ne pas avoir respecté l’arrêt de travail a posteriori.

 

 

 

Qui est concerné ?

Selon l’étude, et étonnamment, 49% des arrêts de travail concernent les jeunes de 18 à 34 ans. D’après Anne-Sophie Godon, directrice Innovation chez Malakoff Médéric « Ce chiffre ne s’explique pas par un moindre engagement. Les salariés de cette tranche d’âge ont un nouveau rapport au travail et à la santé, plus pratique ; ils travaillent aisément avec le digital, de chez eux ou en nomadisme, et ont aussi peut-être l’image négative de leurs parents qui ne s’arrêtaient jamais ».

 

Il faut bien savoir que certains salariés sont bien plus exposés aux arrêts maladie que d’autres. En 2019, parmi les salariés en arrêt de travail, 37% se sont vu prescrire au moins 2 arrêts maladie au cours de l’année. Dans l’hôtellerie-restauration, un quart des salariés ont eu plus de 3 arrêts en un an. Parmi les plus touchés, on note que les aidants familiaux, les parents d’enfants en bas âges et les salariés d’Île-de-France sont plus susceptibles d’être arrêtés. 

 

Par ailleurs, il est intéressant de voir que 36% des salariés qui se sont vu prescrire un arrêt cet année, ont également été arrêtés l’année dernière. 

 

 

Des causes et des durées différentes

Que sait-on de ces arrêts ? Une fois de plus, surprise, 67% des arrêts maladie ne sont pas liés au travail ! Seuls 13% relèvent uniquement d’un contexte professionnel tandis que 19% concernent les deux. 

 

En fonction de leur durée, on a pu distinguer plusieurs motifs d’arrêts maladie et s’ils étaient respectés : 

  • Les arrêts courts (de 1 à 3 jours) sont respectés à 75% et sont principalement dus à des maladies « ordinaires » (61%). 
  • Les arrêts moyens (de 4 à 30 jours) sont respectés à 67%. Ils sont prescrits en cas de maladies « ordinaires » (29%), de troubles musculo-squelettiques (28%), de troubles psychologiques ou épuisement professionnel (le fameux burn-out…) pour 20% des cas. 
  • Les arrêts longs (plus de 30 jours) sont aussi les plus respectés (à 90%). La cause principale de ceux-ci est l’épuisement psychologique (24%). On retrouve les troubles musculo-squelettiques à la suite avec 23%. 

 

 

Un retour au travail pas suffisamment préparé 

L’étude souligne un autre problème. D’un côté, 9 salariés sur 10 déclarent que leur retour en entreprise après leur arrêt s’est déroulé sans problème. En revanche, 60% des salariés de retour d’un arrêt long auraient souhaité plus d’accompagnement par leur entreprises. 36% d’entre eux auraient voulu plus d’informations financières. 27% auraient voulu des informations sur l’organisation de leur reprise (aménagement, formation,…). Enfin, 22% auraient souhaité des informations administratives. 

 

 

 

 

 

L’étude démontre un tendance bien française : le présentéisme au travail. Ce sentiment de devoir travailler à tout prix gagne du terrain au profit de notre santé. Et pour cause, 65% des salariés et 72% des cadres ont affirmé avoir déjà travaillé alors qu’ils étaient malades. En 3 ans, le nombre d’arrêts maladie non respectés n’a cessé d’augmenter. Il serait peut-être temps que l’on prenne soin de notre santé ?